Sans transmission, serions-nous toujours à l’âge de pierre ? Tous ces savoirs acquis au fil des millénaires qui se diffusent, s’amplifient, se complexifient. Toutes ces clés de connaissances qui s’étoffent, s’entrecroisent ; toutes ces mémoires qui se perpétuent, tissées de multiples sagesses ancestrales et de leur puissance régénératrice.
L’Histoire de l’Humanité nous la véhiculons et propageons en nous, malgré nous, et chacune de nos cellules la porte en elle bien au-delà de l’Histoire familiale !
Rien qu’à ce titre, il persiste toujours un hiatus entre ce que nous voudrions transmettre et ce que nous transmettons réellement. Attitudes, savoirs, valeurs, émotions, vérités, croyances, (…) viennent toucher des champs conscients mais, à l’instar de ce dont nous héritons familialement et universellement, ils intègrent aussi des domaines plus archaïques et plus subtiles qui nous échappent.
Transmettre : un devoir ou une responsabilité ?
Transmettre est avant tout une manière d’aimer. Aimer ce que l’on transmet et aimer celle ou celui à qui on transmet, c’est probablement l’étincelle qui entretient la flamme propice à toute diffusion, c’est l’énergie émettrice, celle qui vient transcender la volonté profonde d’apporter les meilleures clés pour l’autonomie future.
Soyons clair, sans surprise, même dans l’Amour le plus inconditionnel, dans le dévouement le plus authentique, la transmission parentale est inévitablement biaisée. Bien malgré lui, tout parent transmet ce qu'il n'a pas encore examiné en lui-même, anxiétés, peurs, tristesse ou colères plus ou moins refoulées. L’enfant devient le miroir de l’inconscient parental. Telle une éponge, il capte la moindre douleur dite ou non dite, à peine palpable ou diffuse, liée à des événements actuels ou passés de l’histoire de ses parents.
Plouf, nous voici directement plongés dans le grand bain de la transmission transgénérationnelle. Très en vogue aujourd’hui, elle balbutiait dans les années 90, lorsque Matteo Selvini montrait combien la minimisation de la souffrance, « si elle est une manière de survivre pour la génération qui l’a vécue, devient un piège pour la génération suivante ».
Ces approches assez récentes peuvent survenir comme une onde de choc pour tous les parents d’enfants nés dans cette même période, comme c’est mon cas. Elles pourraient même semer une once de culpabilité dans une démarche éducative à peine ‘parachevée’ : « Aurais-je oublié de nettoyer une histoire ancienne? »
Je tiens à rappeler ici que chaque parent, dans ce rôle de transmission, fait du mieux qu’ilpeut avec les outils dont il dispose, à l’instant ‘t’. Traquer les souffrances antérieures afin d’éviter de prolonger ou répéter des traumas est certes louable, bénéfique et généreux mais cela ne doit pas devenir obsessionnel. Par ailleurs, il semble que chaque famille porte en son sein une personne plus encline qu’une autre à nettoyer ces ondes traumatiques… A observer, tout en prenant chacune et chacun sa juste part de responsabilités.
Transmettre : une réciprocité dans l’Éducation et l’Éveil ...
Transmettre les repères, les valeurs, les gestes, les règles à observer dans la famille ou dans la communauté, c’est bien d’Éducation dont il s’agit ici. Cette vaste et délicate entreprise qui vise à transmettre un bagage contenant les meilleures clés pour l’acquisition de l’autonomie, un colis suffisamment ample, souple, extensible et perméable afin de se connaître, et de percevoir la mouvance de son environnement et de pouvoir s’y adapter. Transmettre un capital afin d’y puiser la force permettant de construire son propre chemin de vie par-delà les obstacles....
En m’inscrivant professionnellement comme Éducatrice Santé&Nature, ce terme me touche d’autant plus. Transmettre et partager des connaissances sur les plantes, sur leurs interactions avec le monde, leurs interactions avec nous-même, voilà qui me passionne et que j’essaie de mettre en œuvre au quotidien.
Reste à savoir si cette éducation, dans sa plus noble dimension se termine un jour; l’apprentissage est infini, multi-dimensionnel, et surtout flottant. L’ouverture amène sans cesse de nouvelles approches, de nouvelles perceptions, de nouveaux échanges … Faire de chaque rencontre l’occasion d’une transmission inédite.
N’est ce pas là un merveilleux potentiel à déployer? Un véritable projet dans la continuité de transmissions déjà engagées mais toujours à peaufiner ...
Alors, si la transmission n’est autre qu’une réciprocité illimitée d’amour, de générosité et de bienveillance, peut être au fil de ces lectures avez-vous entrepris ce questionnement : « Mais qu’ai-je réellement reçu en héritage ? Et qu’ai-je souhaité transmettre à mon tour?» … A méditer !
